Mariage de Junior Bongo : le budget congolais bâclé pendant l’absence des élites à Libreville ?
Libreville a volé la vedette à Brazzaville. Alors que la capitale gabonaise bruissait des festivités du mariage d’Omar Denis Junior Bongo Ondimba et Julia Otto Mbongo, le tout-Paris congolais désertait les travées du Parlement. Une coïncidence qui n’est pas passée inaperçue : le budget rectificatif pour l’exercice 2026 a été adopté sans presque aucun débat, les 23 juillet, par l’Assemblée nationale et le Sénat. Un passage éclair qui contraste avec l’effervescence mondaine de l’autre côté du fleuve Congo.
Le vendredi 24 juillet, la cérémonie civile unissant le fils de l’ancien président gabonais Omar Bongo et la jeune Julia Otto Mbongo réunissait un aréopage de chefs d’État et d’anciens dirigeants. Denis Sassou Nguesso, arrivé la veille à Libreville pour ce « déplacement privé et familial », y côtoyait Félix Tshisekedi, Alpha Condé et plusieurs personnalités de la sous-région. Un pont aérien s’est improvisé entre les deux capitales, mobilisant jets privés et agendas diplomatiques.
Pendant ce temps, à Brazzaville, les affaires courantes étaient expédiées. La loi de finances rectificative a été votée dans une atmosphère quasi déserte. Le document budgétaire, arrêté en recettes à 2 778,016 milliards de FCFA et en dépenses à 2 561,069 milliards, dégage un excédent prévisionnel de 216,947 milliards. Pour combler le déficit de trésorerie, le gouvernement recourra aux instruments financiers classiques, bons et obligations du Trésor, à hauteur de 1 041,574 milliards de FCFA. Des chiffres qui méritaient mieux qu’une adoption sans discussion de fond, estiment plusieurs observateurs.
« C’est la énième fois que les grands rendez-vous politiques sont sacrifiés sur l’autel des mondanités », confie un analyste politique sous couvert d’anonymat. « Pendant que les élites festoient, les dossiers brûlants comme la menace de hausse du carburant ou la colère des retraités sont relégués au second plan. » De fait, la semaine écoulée a nourri les frustrations : retraités menaçant d’un sit-in à la Primature, rumeurs d’augmentation du prix à la pompe, et maintenant un budget rectificatif passé comme une lettre à la poste.
Les liens incestueux entre Brazzaville et Libreville ne datent pas d’hier. Mariages croisés, alliances politiques, intérêts économiques : les deux rives du fleuve Congo ont souvent mêlé leurs destins. Mais cette fois, le symbole est fort. En choisissant de briller à Libreville plutôt que de contrôler l’action publique à Brazzaville, les dirigeants congolais envoient un message ambigu à une population qui broie du noir.
Reste à savoir si ce budget, voté dans l’indifférence, saura répondre aux urgences sociales. Rien n’est moins sûr. Pendant que les lampions du mariage s’éteignent doucement sur l’Atlantique, les Congolais, eux, attendent toujours des jours meilleurs.
